La providence tout près de chez vous !

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« Cette foi à l’auberge fait partie des racines de la providence dans l’homme. Croire à un gîte, c’est croire en Dieu. »

Voilà une citation de L’Homme qui rit, roman philosophique de Victor Hugo, qui sied à la Providence de Voisins. Repris en 2006 par Véronique et Daniel Dubois, La Providence porte bien son nom pour avoir fait gagner de nombreux vicinois au tiercé, loto et autres jeux de grattage !

Bien que n’étant pas le bâtiment le plus ancien de Voisins, La Providence est certainement le plus connu avec l’église car l’un comme l’autre, tout le monde est au moins passé devant !

Alors nous nous sommes intéressés à l’histoire de ce lieu qui a vu défiler tant de monde depuis sa création au XIXème siècle.

Nous avons d’abord retrouvé ce document de 1812, publié dans Voisins Notre Histoire, un livre édité par la Mairie en 2002 : La Providence n’existait pas encore, mais on voit son futur emplacement stratégique à un carrefour, sur les jardins de la maison bourgeoise qui va devenir le Château de la Frossardière, tout près de la ferme de Voisins :

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Le baron Frossard, arrivé en 1831 et mort en 1871, devenu propriétaire du château, avait demandé la création d’une recette buraliste sur son terrain, et c’est vraisemblablement sur cette base que fut créé l’établissement.

L’endroit est entouré de grandes fermes. Il y aura même une distillerie de betterave, principale culture de l’époque produisant alcool et sucre. Dans les bois proches près de Magny (vers la Sente des Carrières) on extrait du grès qui sert à la fabrication des pavés. Le personnel employé alentour est donc important et il faut nourrir, loger et distraire de nombreux saisonniers et gens de passage entre Versailles et Rambouillet. Le lieu est donc propice à l’installation d’un hôtel restaurant débit de boissons.

« Au tournant du siècle, les loisirs du dimanche sont la buvette et les parties de cartes … Les journaliers qui ne sont pas nourris prennent au restaurant de la Providence une portion qu’ils se partagent à deux, voire à trois. » (Voisins Notre Histoire).

En 1904, l’établissement est tenu par la famille Baron-Delanoue. A l’époque les déplacements se faisaient en diligence à chevaux ou en charrettes à boeufs et on y fait écurie et remise. On y trouve également une épicerie-quincaillerie-rouennerie (toile de coton peinte fabriquée à Rouen).

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En 1905 La Providence se veut à la pointe du progrès : on y installe la première cabine téléphonique publique et on peut y remiser automobiles et motocyclettes, d’où l’adjonction du mot GARAGE sur la façade :

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En 1906, l’établissement est repris par Émile Hippolyte Dosne qui y installe en 1908 un appareil de fabrication de gaz acétylène pour éclairer son « cabaret-épicerie » :

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En 1918 la famille Bourbon reprend la place et supprime la quincaillerie pour ne conserver que l’épicerie et les faïences à côté du café-restaurant. Elle crée une salle de bal à droite, avec piano mécanique pour danser la valse et le quadrille. Cette salle servira plus tard de cinéma :

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En 1931, l’automobile commence à se démocratiser et Madame Bourbon fait installer une pompe à essence à l’angle, avec un réservoir de 3000 litres. Il faut dire que son concurrent l’Aviation avait déjà la sienne depuis 1927 :

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Sur cette photo non datée prise après guerre, la famille Bourbon pose devant une Hotchkiss 864 à la calandre un peu enfoncée, voiture fabriquée entre 1937 et 1940. Cette marque française produisait des automobiles pour une clientèle bourgeoise aisée qui recherchait le confort et la discrétion. Dans le baraquement provisoire près de la tour, c’était l’école :

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La Providence a traversé les 2 guerres avec leurs lots de désolation et d’occupation mais fêtera l’Armistice du 11 novembre 1918 et connaitra la libération par un détachement de la 2ème DB le 24 août 1944. Une grosse borne en témoigne sur le trottoir d’en face à l’entrée du cimetière.

1955 – La vieille pompe à essence est toujours en place mais ne va pas tarder à être remplacée. L’établissement fait hôtel, épicerie-tabac et café-restaurant :

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1966 – Les pompes à essence ont été modernisées avec une deuxième pour le diesel. C’est l’âge d’or de l’automobile et les Citroën, Facel-Vega, Panhard, Peugeot, Renault et Simca ont remplacé les très nombreuses marques d’avant guerre :

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1972 – Les pompes à essence ont disparu avec l’arrivée des premières grandes surfaces commerciales, tandis que les cartes postales sont en couleur. La mention Hôtel a également disparu en façade, les chambres ont été transformées en appartement :

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Aujourd’hui il y a toujours des vélos devant la Providence comme en 1905 et la vaste terrasse permet de prendre le soleil aux beaux jours qui arrivent :

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On y voit parfois encore une automobile ancienne comme cette Facel-Vega Facellia de 1961 :

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Monsieur Dubois a complètement refait son établissement en 2013, sans en changer la destination : brasserie-restauration, jeux de la Française des jeux, courses de chevaux, journaux et magazines avec plus de 1800 titres, tabac et e-cigarettes, et des services bien pratiques comme les timbres, les tickets SQYbus, des cartes téléphone, des cartes et chèques cadeaux… Une terrasse ensoleillée et au calme est aussi accessible aux beaux jours à l’arrière.

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2, rue Port Royal – 78960 Voisins le Bretonneux – 01 30 43 72 52 – www.laprovidence.123.fr – Fermé le lundi.


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  • À la Mairie de Voisins pour le prêt de documents.
  • À Madame Conny Roquel de Voisins pour ses cartes postales anciennes et son aide dans la chronologie. Elle est l’auteure des 2 ouvrages ci-contre.
  • À Sophie Mahtout de la société ARénovPHOTO à Voisins, spécialisée dans la sauvegarde de photos anciennes et qui a réalisé le photomontage du char devant La Providence. Elle est capable de restaurer des photos déchirées, des détails manquants ou dégradés … et transfère également vos vieux films (super8, VHS…) sur DVD.
  • Au propriétaire de la Facel-Vega qui se reconnaîtra.

Auteur : Patrick Germain, 30 mai 2016